J’appartiens
J’appartiens à cette terre où des hordes de rêves sauvages ont foulé des plaines immaculées. Une terre vaste qui s’étend et trébuche sur ses propres limites. Une terre telle un tambour où se rythme nos espérances, telle une membrane fragile où dansent nos illusions et nos fantasmes.
J’appartiens à la mer, brassée et permanente, et dans mon sang coule autant de tempêtes et de naufrages, autant de profondeur et d’horizon que la vacuité dont elle se fait l’écho.
J’appartiens à la forêt, à son cri, à son odeur, tout en moi hume son parfum. Je dévore, vorace, toute vie pour la recracher sous une nouvelle forme. Perpétuelle et changeante, je suis.
J’appartiens au ciel que j’enlace des yeux si souvent. Ce ciel qui chante, pleure et se tanne au fil des heures. Ce ciel parsemé d’étoiles mortes qui conte autant de fin que de commencement.
J’appartiens au vent qui siffle dans l’entrebâillement de nos mondes, fait claquer les portes de nos pensées et soulève des rébellions de poussières. Ce vent qui transporte des âmes jusqu’aux confins du visible et nous ramène à l’imminence de nos sensations.
J’appartiens à ce moment multiple qui contient lui-même d’autres possibles, reliée en tout et en partie, je suis son enfant, son amante, sa mère. Je déplore, je rugis, aveugle à ce que j’ignore. Et ce moment m’engloutit jusqu’à renaître.
J’appartiens au présent, dense et insaisissable, et mes pas sonnent le glas.
Plurielle et infinie, je suis déjà l’après.
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